European way of life

10 choses qui peuvent surprendre un voyageur à Dublin

« […], le voyage me semble un exercice profitable : l’âme y a une continuelle exercitation à remarquer des choses inconnues et nouvelles, et je ne sache point meilleure école, comme j’ai dit souvent, à former la vie que de lui proposer incessamment la diversité de tant d’autres vies, fantaisie et usances ». Les mots sont de Montaigne, dans le chapitre « De la Vanité » de ses Essais (III, 9).

Inaugurons ici une nouvelle rubrique ! Quels que soit son origine, sa culture, son éducation ou son mode de vie, on est parfois étonné en voyage, voire décontenancés par certains aspects de la culture de l’autre ; « il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui » nous disait encore Montaigne (Essais, I, 25) ! Bien entendu, un étranger de passage n’a pas l’expérience d’un expatrié ou tout simplement d’un natif, mais il peut rapidement percevoir quelques facettes du mode de vie local. Prenons les choses avec distance, et voici, en dix points, comment une petite Française a frotté sa cervelle à la capitale irlandaise et s’est laissée surprendre par quelques détails…


  • La langue gaélique : si les Français sont habitués à une seule langue nationale et quelques langues régionales, ils se trouveront en Irlande dans un pays où l’on parle deux langues. Le gaélique irlandais est langue officielle de l’Irlande, devant l’anglais ; on le trouve donc partout, la moindre communication officielle se fait dans les deux langues. En revanche, les Dublinois ne le parlent pas énormément entre eux, la langue de communication quotidienne reste l’anglais. On estime à moins de 2 % la population qui pratique cette langue dans la vie quotidienne. Le nombre de locuteurs est cependant amené à augmenter, les politiques gouvernementales œuvrant en ce sens à travers de multiples initiatives. Vous trouverez par ailleurs des journaux, des chaînes de TV et de radio en gaélique, jetez-y un œil ou une oreille, le gaélique est la seule langue celtique de l’Union européenne.
Affichage en gaélique irlandais, quartier de Temple Bar, Dublin, Irlande © Eurofluence

Affichage en gaélique irlandais, quartier de Temple Bar, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • L’accent irlandais en anglais : je savais, bien avant mon départ, qu’il existait un accent irlandais en langue anglaise ; je l’ai su par des connaissances qui avaient fait le voyage, ou tout simplement au cours de mes études secondaires. Je m’attendais à une sorte d’obscur cockney accessible aux seuls initiés, j’étais dans l’idée que j’allais souffrir en termes de communicationPoint : en arrivant dans la capitale irlandaise, j’ai été positivement surprise, en ne trouvant nulle trace de cet accent tant redouté. Les Dublinois me parlaient une langue que je comprenais à peu près. J’ai fini par me dire qu’en fait cette histoire d’accent irlandais n’avait plus cours, que tout ceci était le fruit de la propagande britannique et que le phénomène était largement exagéré. Et puis il y a eu ce moment où j’ai demandé mon chemin à un petit papy parcheminé dans Grafton Street et où j’étais encore plus perdue à l’écoute de sa réponse, et cet autre moment où j’ai exploré l’ancienne prison de Kilmainham Gaol en visite guidée. Je n’ai pas tout de suite perçu que le guide parlait anglais. Et honnêtement, je n’ai presque rien compris à ce qu’il disait, même avec la concentration d’un sioux. Dommage, d’ailleurs, car j’aurais aimé pouvoir saisir son discours, et rire des anecdotes racontées en même temps que les autres… Bilan : l’accent irlandais n’est pas un mythe, il existe, mais est bien moins perceptible à Dublin qu’en province.
Garda Memorial Garden, Dublin Castle, Dublin, Irlande © Eurofluence

Garda Memorial Garden, Dublin Castle, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • L’alcool : parfois, quand on nous parle de Dublin et de la Saint-Patrick, on s’imagine des grappes d’Erasmus surfant sur des flots de bière dans Temple Bar, on s’imagine qu’on ne peut pas test les locaux qui boivent assez toute l’année pour te coiffer au poteau le 17 mars. Je suis allée à Dublin durant la semaine précédent la Saint-Patrick, donc je ne peux guère rapporter mon expérience à ce sujet. Cependant, je n’ai pas eu l’impression que Temple Bar était une distillerie à ciel ouvert, ni même les Irlandais des soudards invétérés. En tout cas, j’ai fait quelques pubs au public réellement transgénérationnel, et je n’ai vu aucune scène de binge drinking, rien qui soit digne d’un mauvais western ou d’une enquête estivale d’Envoyé Spécial. Pour dire, le groupe le plus bruyant que j’ai croisé dans un pub était constitué de… Jeunes marins français. Bilan : il est certain que le phénomène d’alcoolisation à outrance qui frappe une partie de la jeunesse européenne touche également l’Irlande, les statistiques de l’OMS le confirment, mais l’Irlande a une législation extrêmement stricte en termes d’alcool. On n’achète pas de vodka à la superette du coin à 14 ans, par exemple. Je ne vis pas sur place, mais mon court séjour à Dublin m’a cependant permis de nuancer certaines choses.
Temple Bar, Dublin, Irlande © Eurofluence

Temple Bar, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • La nourriture : c’est une île, ok. Où sont les poissons ? Même surprise qu’en Grèce (la Grèce n’est pas une île, je sais, mais on y aperçoit souvent la mer…) : ce sont des nations carnivores. La cuisine irlandaise traditionnelle est assez simple et roborative, et on y trouve très peu de poissons et de fruits de mer au menu. Pourquoi ? La cuisine irlandaise est aussi le produit d’une histoire difficile, et le terroir irlandais se prête particulièrement l’élevage extensif bovin. Le bœuf irlandais à sa petite réputation depuis plusieurs siècles !
Gastronomie, Castle Market, Dublin, Irlande © Eurofluence

Gastronomie, Castle Market, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • La religion : les Irlandais sont catholiques, et ils le montrent. C’est parfois un petit choc culturel pour les Français bouffeurs de curés habitués à la laïcité dans la vie publique. Je me suis trouvée à Dublin lors du dernier Mercredi des Cendres, et ai été étonnée de croiser un peu partout la population marquée d’une croix de cendre au front, des plus jeunes aux plus âgés, et la garder toute la journée. Le matin avant d’aller en cours, ou le soir en sortant du bureau, beaucoup se sont rendus à la messe en famille ou entre amis pour célébrer ce moment du calendrier catholique. La religion prend ici davantage de place dans l’espace public qu’en France, la Constitution irlandaise est d’ailleurs proclamée au nom de la Sainte Trinité.
Kilmainham Gaol, Dublin, Irlande © Eurofluence

Kilmainham Gaol, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • Les transports : j’ai déjà dédié un article aux transports à Dublin, une des rares capitales européennes à ne pas posséder de métro. Le fonctionnement des bus dublinois peut s’avérer un peu acrobatique, mais c’est un des moyens les plus pratiques pour se déplacer dans la capitale irlandaise et au-delà si vous n’êtes pas motorisé. À savoir cependant qu’il n’y a pas de bus nocturnes, hormis le vendredi et le samedi soir. À partir de 23h30, vous êtes bon pour le taxi, un moyen de transport extrêmement répandu et très compétitif à Dublin : vous en croiserez partout !
Trinity College, Dublin, Irlande © Eurofluence

Trinity College à pied, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • Tenues de soirée : les Dublinois sortent énormément, particulièrement le week-end ; à cette occasion, les filles s’habillent exactement comme elles en ont envie, et non pas de manière à raser les murs pour éviter le harcèlement de rue, comme c’est souvent le cas en France par exemple. Les robes sont souvent courtes, le maquillage puissant, les décolletés plongeants et les talons très hauts, ce qui ne pose aucun problème à personne. Chacun se croise sans se prêter une attention particulière. J’ai ressenti là-bas une grande liberté et une tolérance de l’autre en la matière, comme à Londres, ou Berlin. Il est possible de vivre toutes les excentricités capillaires ou vestimentaires sans qu’on vous jette – au minimum – des regards lourds de sens. J’aimerais davantage connaître cela en France.
Outfitters, Dublin, Irlande © Eurofluence

Outfitters, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • Collectif : il existe un sens du collectif très présent en Irlande. Tout le monde est extrêmement serviable, et respecte une certaine discipline collective, pour la sérénité de tous. C’est particulièrement visible dans les transports en commun, et les règles de civisme élémentaires s’y affichent. Il existe ainsi des amendes pour les passagers qui se hasarderaient à poser leurs pieds sur le siège d’en face dans le train. Le civisme des autres Européens fait toujours du bien après un passage dans les transports en commun parisiens…
Drapeau irlandais, Kilmainham Gaol, Dublin, Irlande © Eurofluence

Drapeau irlandais, Kilmainham Gaol, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • Les Français : très nombreux ; à tous les coins de rue, on trouve à Dublin des Français. Si Londres abrite environ 225 000 expatriés hexagonaux, les Français sont également présents un peu partout en Irlande avec un peu plus de 9 000 ressortissants, résidant pour moitié à Dublin. Ceux qu’on croise le plus souvent sont des touristes, car Dublin attire énormément les Français, qui représentent 5% des touristes internationaux qui se rendent en Irlande, soit la quatrième nation après le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Allemagne. Et pour cause, côté pratique, Dublin n’est qu’à 1h20 de vol de Paris, et appartient à la zone euro.
Temple Bar, Dublin, Irlande © Eurofluence

Concentration de Français à Temple Bar, Dublin, Irlande © Eurofluence

  • … Les robinets : ça n’a l’air de rien, mais une fois dans la salle de bain, on est un peu perturbé par la tuyauterie à l’irlandaise ; les lavabos sont équipés de deux robinets : un pour l’eau chaude, et un pour l’eau froide. Et c’est souvent ou très chaud, ou très froid. Obtenir de l’eau tiède est un véritable challenge.

Et vous, qu’est-ce qui vous a marqué lors de votre passage dans la capitale irlandaise ?

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  6 comments for “10 choses qui peuvent surprendre un voyageur à Dublin

  1. Johnc314
    15 août 2014 at 22 h 48 min

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  2. 23 août 2014 at 14 h 21 min

    Ce qui m’a aussi surprise ce sont les couleurs vives des structures, les magasins ouverts le dimanche, les musées gratuits quel que soit l’âge et l’aiguille étrange qui sert de meeting point 😉

    • 28 août 2014 at 18 h 17 min

      Oui, les musées entièrement gratuits, ça, c’est fantastique ! Quant au Spire, ce qui est drôle, c’est effectivement qu’on s’y donne spontanément rendez-vous, même entre néophytes !

  3. Spidey
    12 novembre 2014 at 0 h 05 min

    Moi je trouve ça nul de juste pas être citée (vu que j’y était avec toi héhéhéhé) Mis a part ce détail, les bus m’ont en effet traumatisé et ce que j’ai particulièrement aimé c’est la gentillesse des Dublinois. Contrairement a un pays comme la france le contact était bien plus facile, ce qui engendre donc une facilité de mouvance dans la ville, et une envie encore plus forte d’en apprendre plus sur cette petite île.

    • 12 novembre 2014 at 8 h 50 min

      Ahah, mais je ne t’oublie pas, voyons 😉 ! Il est vrai que les contacts que nous avons eus étaient faciles et très cordiaux. J’ai une immense envie d’y retourner !

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