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La mirabelle de Lorraine

Depuis trois jours, elle est dans tous les journaux. Tout le monde en parle, jusqu’aux médias nationaux : la guerre ? La crise ? Non (enfin pas seulement) : c’est la mirabelle de Lorraine ! Focus sur ce petit fruit riche en fibres et en vitamine C qui n’existe presque nulle part ailleurs. 

Une variété de prune

Ce fruit délicat ne se trouve quasiment qu’en Lorraine et dans le Nord de l’Alsace. Bénéficiaire d’une appellation IGP « Indication Géographique Protégée » depuis 1996, elle fait partie du patrimoine local au même titre que Saint-Nicolas ou la quiche, et elle nous emmène loin, cette petite prune dorée, sucrée ou acidulée, dont la récolte s’avère très prometteuse cette année. Il paraîtrait que Virgile en parlait déjà dans les Bucoliques (II, 50). « Une petite prune couleur de cire » considérée comme une espèce presque endémique de Lorraine, puisque cette région fournit environ 80 % de la production mondiale. À noter cependant, qu’on ne consomme guère de mirabelle ailleurs dans le monde sinon en Lorraine

Mirabelles de Nancy sur l'arbre, photo de Stanislas Perrin  (CC BY-SA 2.5, 2.0, 1.0 via Wikimedia Commons)

Mirabelles de Nancy sur l’arbre, photo de Stanislas Perrin (CC BY-SA 2.5, 2.0, 1.0 via Wikimedia Commons)

Les puristes disent qu’il en existerait plusieurs espèces, dont les deux plus célèbres : la mirabelle de Nancy, la plus grosse, qui tire sur un jaune orangé assez franc, piqueté de rouge et la mirabelle de Metz, plus petite et à la peau plus fine. Cette distinction participe évidemment de la guéguerre l’antagonisme permanent entre les deux métropoles lorraines, mais il semblerait que la mirabelle mosellane soit la plus courue, quand la nancéienne fait d’excellentes conserves.

Mirabelles de Metz, Lorraine, France © Eurofluence

Mirabelles de Metz, Lorraine, France © Eurofluence

De nombreuses étymologies fantaisistes ont été proposées quant à son nom, mais la mirabelle a certainement à voir avec ce qui est « beau à regarder » dans certains dialectes occitans, car ce fruit aurait d’abord été cultivé dans le Midi. Si on ne la rencontre guère dans les sources avant le XVe siècle, certains disent que l’on doit son introduction en Lorraine au bon roi René, René d’Anjou, Comte de Provence, et également Duc de Lorraine (1409 – 1480). Toutefois, des noyaux de prunes et manifestement de mirabelles auraient été retrouvés dans les fouilles du site gallo-romain de Grand.

Dès la Renaissance, les hôtes de marque séjournant en Lorraine se font offrir de la confiture de mirabelle ou des versions confites du fruit ; c’est le cas lorsque Catherine de Médicis et son fils Charles IX passent à Metz en 1568, car la réputation de la mirabelle messine n’est plus à faire.

La culture

En Lorraine, c’est dans les vergers du Saintois, des côtes de Meuse et de Moselle qu’on la cultive, car le mirabellier aux branches noueuses préfère les sols argilo-calcaire fertiles, et les alternances thermiques quotidiennessans excès toutefois, et sans gelées tardives. La mirabelle apprécie en effet de mûrir au cœur des plus beaux paysages de la région.

La Colline de Sion, Saintois, Lorraine, photo de François Bernandin (CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons)

La Colline de Sion, Saintois, Lorraine, photo de François Bernandin (CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons)

La récolte se fait au « vibreur », qui secoue les arbres pour en faire tomber les fruits en quelques secondes, ou à la main, d’août à septembre ; seules les mirabelles dont le diamètre atteint au minimum les 22 millimètres sont choisies. La production annuelle avoisine les 15 000 tonnes, quand un arbre peut porter jusqu’à 100 kilos de fruits.

La consommation

90 % de la production est transformée : conserves et confitures pour 70 %, liqueurs et eau-de-vie pour 20 %, jusqu’aux parfums et cosmétiques. Classée AOR (« Appellation d’Origine Réglementée ») depuis 1953, l’eau-de-vie de mirabelle devrait obtenir la très courue appellation AOC (« Appellation d’Origine Controlée ») cette année.

Les mirabelles mûres exhalent un parfum doux, rond et sucré. Parfaites en tartes ou clafoutis aux amandes, elles sont également déclinées côté salé, et accompagnent facilement les foies gras en chutney, les volailles version tajine ou les rôtis de porc. Elles doivent cependant être consommées rapidement après achat.

Tarte amandine aux mirabelles de Metz © Eurofluence

Tarte amandine aux mirabelles de Metz © Eurofluence

En Lorraine, l’eau-de-vie de mirabelle (environ 45 %) a de multiples usages, jusqu’à se mêler au liquide lave-glace dans les voitures, car elle ne gèle jamais. En grog et en proportions variables, les Anciens disent qu’elle viendrait à bout de tous les maux hivernaux en l’espace d’une nuit de sudation intensive… La production de cette eau-de-vie réputée a connu un essor lié à l’épidémie de phylloxera qui ravagea le vignoble lorrain dès 1892. La mirabelle a remplacé le raisin chez les bouilleurs de cru.

Eau-de-vie de mirabelle de Lorraine, photo de Pymouss44 (CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons)

Eau-de-vie de mirabelle de Lorraine, photo de Pymouss44 (CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons)

Vous l’aurez compris, malgré une saison très courte, la mirabelle est un produit emblématique et identitaire du terroir lorrain ; fêtes, bals, défilés, élections de miss et raids sportifs, rien ne manque à l’été lorrain pour célébrer cette petite prune qui a même sa confrérie et sa Maison, à Rozelieures, petit village de 200 habitants niché au cœur du Saintois, au Sud-Est de Nancy !

L’or jaune de Lorraine se vend aux alentours de 3€ le kilo !

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