European way of life

Pourquoi les Français sont-ils toujours en grève ?

C’est une énigme pour les Américains étrangers qui nous observent, du pain bénit pour les médias et une source intarissable d’étude pour les sociologues ; le 16 avril 2009, le prestigieux Time posait à nouveau la question : pourquoi les Français aiment-ils tant la grève ?

Après plus de deux semaines de grève à la SNCF, en pleine période d’examen et en pleine saison touristique en Île-de-France, ce sont les intermittents du spectacle qui prennent le relais en menaçant l’un des festivals les plus en vue de l’été, le Festival d’Avignon. Pour beaucoup d’artistes issus des pays du Sud de l’Europe, où les coupes budgétaires ont été très douloureuses et où il n’existe parfois aucun statut officiel pour les acteurs de la culture, les intermittents français apparaissent comme des enfants gâtés capricieux, qui empêchent de surcroît les compagnies étrangères d’être visibles cet été par les programmateurs qui courent les festivals, ces derniers souffrants de perturbations ou d’annulations en chaîne (Uzès, Angers, Toulouse, Châlons-en-Champagne…).

Crise du CPE, Nancy, France, 2005 © Eurofluence

Crise du CPE, Nancy, France, 2006 © Eurofluence

  Une culture de la grève ?

Faut-il remonter jusqu’à la Révolution française pour expliquer cette culture de l’affrontement ? Alors voilà, OUI, nous avons décapité notre roi ; est-ce que cela nous détermine pour autant à séquestrer les patrons ? Brûler des montagnes de pneus et faire des colliers de portiques écotaxe ? Rappelons que Messieurs les Anglais ont commencé les premiers, en 1649 !

Crise du CPE, Nancy, France, 2005 © Eurofluence

Crise du CPE, Nancy, France, 2006 © Eurofluence

L’article du Time se penche sur le syndicalisme à la française, et note une vraie particularité nationale. En France, la grève fut dépénalisée vingt ans avant la création des syndicats. Les Français sont peu syndiqués. Seuls 8 % d’entre eux le sont, contre 18 % en Allemagne, un peu plus de 25 % au Royaume-Uni, ou encore 67 % en Suède (http://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=UN_DEN&Lang=fr) ! Les syndicats français sont issus d’une tradition marxiste, inscrits dans la lutte des classes, contrairement aux syndicats sociaux-démocrates allemands, par exemple (http://www.slate.fr/story/29471/francais-font-tout-le-temps-greve-manifestation). Les syndicats français, toujours en concurrence, seraient donc davantage enclins aux actions coup de poing surmédiatisées et habitués à une culture protestataire, qu’à la négociation. C’est juste une autre manière de négocier.

  Sommes-nous vraiment les champions de la grève en Europe ?

Eh bien, non. Les statistiques sont complexes à établir, et il s’agit d’estimer le nombre de jours de travail perdus pour fait de grève sur 1 000 salariés, et sur une période donnée. Et là, surprise : les Français ne sont jamais premiers, et ce, depuis 1900.

Selon une première étude de 1998 portant sur plus des deux tiers du XXe siècle, la France arrive troisième, derrière le Royaume-Uni (champion pour la période 1910 – 1930), et l’Italie (au top dans les années 1950 – 1960). La France est alors en-dessous de la moyenne des six pays d’Europe occidentale concernés par l’étude, même si on a mis du cœur à l’ouvrage en 1936 et en 1947.

Une deuxième étude, réalisée en 1982 pour les années 1955 – 1977 sur 18 pays industrialisés, montre toujours que l’Italie est une nation très conflictuelle, de même que le Canada, ou les Etats-Unis, devant la France qui est toujours en-dessous de la moyenne, et est classée 10e sur 18.

De 1970 à 1988, une étude de 1995 montre que l’Italie est toujours en tête de la conflictualité. La France se maintient à la dixième place, sur 18 pays classés, derrière le Danemark ou la Finlande, ces Scandinaves qu’on voudrait dociles. Elle apparaît à peu près au même rang dans les études menées jusqu’au milieu des années 1990. De 1998 à 2004, la France est troisième, derrière le Danemark, premier et l’Espagne (et en comptant les grèves du secteur public). Idem jusqu’en 2009, le Danemark remporte la palme.

Manifestation, France, 2005, © Eurofluence

Crise du CPE, Nancy, France, 2006 © Eurofluence

Attention cependant à ne pas confondre grève et manifestation. On peut manifester sans faire grève : le samedi, le dimanche, lors des jours fériés ou en prenant un jour de congé. En France, les manifestations comptent assez peu dans les statistiques des jours de travail perdus. De toute façon, c’est bien connu, les Français sont toujours en congé…

Apparemment, moins que les Autrichiens, par exemple, qui comptent plus de jours fériés et de congés payés que les Français ; ces derniers travaillent d’ailleurs plus qu’Outre-Rhin : 1479 heures par an contre 1397 en 2012… 

Alors les Français, toujours en grève ? 

Posons-nous la question de savoir pourquoi ces conflits sociaux sont aussi visibles sur la scène médiatique en France et à l’étranger, quand un petit coup d’oeil aux statistiques fait mentir notre mauvaise réputation

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