European way of life

Eurotrip en Europe Centrale, jour 3 : Vienne éclectique

Déjà, mon dernier jour en la capitale autrichienne. Exit Sissi : du baroque à la Sécession, il est temps de faire chatoyer l’Histoire locale.

  Le MuseumsQuartier

Le ciel est bas sur ce 19 août 2014, et quelques gouttes de pluie s’en échappent. À une vingtaine de minutes à pied de mon hôtel, le Palais de la Sécession. Pour le rejoindre, j’emprunte le dédale du MuseumsQuartier et flâne dans cette enfilade contemporaine dédiée à tous les arts.

MuseumsQuartier, Vienne, Autriche © MuseumsQuartier (http://www.mqw.at)

MuseumsQuartier, Vienne, Autriche © MuseumsQuartier (http://www.mqw.at)

C’est l’un des complexes culturels les plus grands du monde, le Directeur le dit lui-même. 90 000 mètres carrés voués à l’art, réparti dans les anciennes écuries impériales. Les XVIIIe et XIXe siècles ménagent une place au basaltique Mumok, musée d’art moderne (XXe – XXIe siècles) et à l’immaculé Leopold Museum et sa collection unique au monde d’oeuvres d’Egon Schiele ; ajoutons un centre de danse, de quoi ravir les cinéphiles, les amateurs de théâtre, d’architecture, et les enfants.

Leopold Museum de nuit, Vienne, Autriche MuseumsQuartier, Vienne, Autriche © MuseumsQuartier (http://www.mqw.at)

Leopold Museum de nuit, Vienne, Autriche © MuseumsQuartier (http://www.mqw.at)

Tout est conçu pour que le passant s’approprie les lieux, et se pose en plein air dans une installation urbaine propice à la détente, ou dans l’un des nombreux cafés qui occupent les lieux. Vienne s’y donne un petit air de Berlin…

  Le Palais de la Sécession

On aime ou n’aime pas, et c’était déjà comme cela il y a un siècle. Moi, j’adore. Ode architecturale à la rébellion, le Palais de la Sécession abrite l’art du temps depuis plus d’un siècle. C’est le plus ancien site d’expositions indépendant au monde à être et à avoir toujours été voué à l’art contemporain.

« Der Zeit ihre Kunst - Der Kunst ihre Freiheit », « À chaque époque, son art - À chaque art, sa liberté », Palais de la Sécession, Vienne, Autriche  © Eurofluence

« Der Zeit ihre Kunst – Der Kunst ihre Freiheit », « À chaque époque, son art – À chaque art, sa liberté », Palais de la Sécession, Vienne, Autriche © Eurofluence

« Der Zeit ihre Kunst – Der Kunst ihre Freiheit », « À chaque époque, son art – À chaque art, sa liberté » : la devise est en lettres d’or au fronton du bâtiment, conçu en 1898 par Josef Maria Olbrich, et dont les 3 000 feuilles de laurier en métal doré qui ornent la coupole bruissent encore de l’effervescence culturelle viennoise de la Belle Époque

La Palais est le manifeste de la Sécession fait pierre ; ce mouvement artistique se fédère en 1897 autour de Gustav Klimt, à qui les lieux sont encore dédiés aujourd’hui. Ses membres ont claqué la porte de l’austère Künstlerhaus, trop conservateur, et veulent se donner la place de faire éclore le printemps sacré (ver sacrum) de l’art. Des mots soigneusement choisis qu’ils déposeront sur la façade de l’édifice, et qui donneront un nom à la revue du mouvement.

Entrée du Palais de la Sécession, Vienne, Autriche  © Eurofluence

Entrée du Palais de la Sécession, Vienne, Autriche © Eurofluence

L’un des grands moments du Palais de la Sécession a lieu en 1902, une exposition consacrée à Ludwig van Beethoven, pour laquelle Gustav Klimt réalise une oeuvre centrale, la Frise Beethoven, une fresque de plus de 34 mètres de long en forme d’hommage érotique et rigoureux à la Neuvième Symphonie de Beethoven

Les trois Gorgones et les forces du mal, Frise de Beethoven, Gustav Klimt (1902), Palais de la Sécession, Vienne, Autriche (domaine public)

Les trois Gorgones et les forces du mal, Frise de Beethoven, Gustav Klimt (1902), Palais de la Sécession, Vienne, Autriche (domaine public)

La Frise Beethoven est depuis plus de quarante ans la propriété de la République autrichienne, qui l’a réintégrée au Palais en 1986, dans un espace spécialement conçu au sous-sol, où l’on peut en faire le tour dans un silence de cathédrale.

Mon intérêt juvénile pour les boutiques de musées me pousse à vous conseiller tout particulièrement celle du Palais de la Sécession, si l’envie de garnir votre valise de goodies Jugendstil vous démange !

Tasse Jugendstil en porcelaine et or véritable, reproduisant les motifs de la station de métro de la Karlplatz, par Otto Wagner et Josef Maria Olbrich, en vente à la boutique du Palais de la Sécession, Vienne, Autriche © Eurofluence

Tasse Jugendstil en porcelaine et or véritable, reproduisant les motifs de la station de métro de la Karlsplatz, par Otto Wagner et Josef Maria Olbrich, en vente à la boutique du Palais de la Sécession, Vienne, Autriche © Eurofluence

  Le Palais du Belvédère et le Palais d’hiver d’Eugène de Savoie

Retour à la case baroque après un passage par l’ambassade de France à Vienne, superbe immeuble dans le style École de Nancy ; sachez que les Français ne se mouchent jamais du pied en termes de représentation diplomatique à l’étranger : nous sommes souvent confortablement installés. À Vienne, l’ambassade française est une véritable leçon de style, qui n’a rien à envier aux autres éléments du riche paysage architectural que déploie la capitale autrichienne.

Ambassade de France à Vienne, Autriche © Eurofluence

Ambassade de France à Vienne, Autriche © Eurofluence

L’avantage du Belvédère, c’est qu’on peut visiter deux palais pour le prix d’un. Le Belvédère, c’est en fait deux palais : le Belvédère inférieur et le Belvédère supérieur, émergeant de vastes jardins ; on dit qu’il s’agit là d’un des plus beaux ensembles baroques du monde. Remarquez qu’on n’a plus peur des superlatifs dans cet article !

Le Belvédère était la résidence d’été du prince Eugène de Savoie (1663 – 1745), qui en confia la réalisation à Lukas von Hildebrandt formé en Italie. Le Belvédère inférieur séduit par l’éclat des anciens appartements du prince, résumés de l’art de vivre baroque : galerie de marbre, chambre dorée, salle des grotesques… Quelques sculptures contemporaines en forme d’énigme pour l’entendement peuplent les salles d’apparat. À la sortie, un petit café idéalement situé pour une pause déjeuner, mais qui ne brille cependant pas par sa carte.

Belvédère supérieur, Vienne, Autriche © Eurofluence

Belvédère supérieur, Vienne, Autriche © Eurofluence

On se laisse prendre aux jardins tout en dénivelés, et l’on accède au Belvédère supérieur par l’extraordinaire Sala Terrana, assez typique des demeures baroques ou rococo ; les puissants atlantes qui supportent la voûte stuquée impressionnent. De là, à droite, les salles d’art médiéval de l’Österreichische Galerie Belvedere, à gauche, la boutique, tout droit : l’escalier d’honneur qu’on emprunte pour accéder à la riche Salle de Marbre. La vue fait prendre au nom du palais toute sa signification.

C’est à cet étage qu’on s’attardera face aux bustes grimaçants de Messerschmidt et dans les salles sombres dédiées à Klimt et à la Vienne 1900, qui abritent des toiles célébrissimes, comme Le BaiserÇa rigole moins au dernier étage, entre classicisme, romantisme, Biedermeier et réalisme.

Pour les inconditionnels de la Vienne baroque, réincarnée en la personne du prince Eugène de Savoie, vous pouvez filer le thème par la visite du Palais d’hiver, en ville, non loin du Graben. Le superbe escalier d’honneur vous mènera à un parcours assez court dans cette demeure aristocratique typique de l’ère baroque. Cet écrin XVIIIe accueille également des expositions temporaires d’art contemporain plus ou moins anxiogènes.

Escalier d'honneur du Palais d'hiver d'Eugène de Savoie, Vienne, Autriche  © Eurofluence

Escalier d’honneur du Palais d’hiver d’Eugène de Savoie, Vienne, Autriche © Eurofluence

  Le Café Sacher

Tout le monde aura compris ma passion pour les tea time agrémentés de pâtisseries en tous genres. Après le Café Central, une autre adresse incontournable de la Vienne impériale : le Café Sacher.

Café Sacher © Café Sacher (http://www.sacher.com/sacher-cafes/sacher-cafe-vienna/)

Café Sacher, Vienne, Autriche © Café Sacher (http://www.sacher.com/sacher-cafes/sacher-cafe-vienna/)

Surtout, ne vous arrêtez pas au coin de la Philarmoniker Strasse et de la Kärntner Strasse dès que vous apercevez la célèbre enseigne. Le Sacher Eck est un petit snack où s’agglutinent les touristes qui ne vont pas plus loin en pensant avoir trouvé le Graal. L’historique Café Sacher est plus loin dans la Philarmoniker Strasse ; dépassez l’entrée de l’hôtel du même nom, et vous y voilà.

Les petits guéridons de marbre et les augustes banquettes cramoisies vous confirmeront que vous êtes au bon endroit. Attendez d’être placés par l’hôtesse avant de faire le tour de la carte et de l’étal de pâtisseries sous l’oeil charmant de Sissi. Ambiance feutrée et calories assumées autour d’un Wiener Melange et d’une inévitable Sachertorte, exquise part du patrimoine viennois.

Sachertorte du Café Sacher, Vienne, Autriche © Eurofluence

Sachertorte du Café Sacher, Vienne, Autriche © Eurofluence

On pensait ne plus jamais remanger après cela. Et puis la nuit tombe, on déambule, la Sachertorte du crépuscule est déjà loin ; nos pas nous mènent sur la place Am Hof, et dans le quartier juif, autour de la statue du poète allemand Lessing sur la Judenplatz ; ce dernier fait face au mémorial de l’Holocaust, conçu par l’artiste britannique Rachel Whiteread et voulu comme une bibliothèque fermée dont le dos des livres est tourné vers l’intérieur du monument.

Statue de Lessing, Judenplatz, Vienne, Autriche © Eurofluence

Statue de Lessing, Judenplatz, Vienne, Autriche © Eurofluence

Et un dîner qui ne passera pas à la postérité, chez Gustl Bauer, un peu plus loin dans la Drahtgasse ; cuisine et décor typique d’Europe Centrale, des knödel à l’oeuf simples et roboratives, mais terriblement salées. Difficile, dans ces conditions, de terminer son plat.

Dernière nuit à Vienne avant de lever le camp, direction… Bratislava, en Slovaquie !

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