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Le 3 octobre, l’Allemagne célèbre sa Réunification

Aujourd’hui 3 octobre 2014, l’Allemagne célèbre sa fête nationale et par elle, la Réunification opérée entre la République Fédérale Allemande (RFA) et la République Démocratique Allemande (RDA), il y a exactement vingt-quatre ans. Le 9 novembre – date de la chute du Mur de Berlin – avait initialement été proposé lors du processus de Réunification en 1990, mais n’a pas été retenu car ce jour rappelait également la chute de l’Empire en 1918, et la Nuit de Cristal de 1938, tous deux intervenus un 9 novembre. L’article 2 du traité d’unification a donc fait le choix du 3 octobre, seul jour férié du calendrier civique allemand au niveau fédéral. En effet, les autres jours fériés sont établis au niveau des Länder.

Chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989, photo de la Deutsche Press Agentur, via http://www.wn.de/Welt/Politik/2012/10/Tag-der-deutschen-Einheit-Eine-Bilanz-So-vereint-ist-Deutschland

Chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989, photo de la Deutsche Press Agentur, via http://www.wn.de/Welt/Politik/2012/10/Tag-der-deutschen-Einheit-Eine-Bilanz-So-vereint-ist-Deutschland (en allemand)

Pourtant cette célébration a bien failli disparaître il y a dix ans, quand le chancelier Gerhard Schröder a proposé en 2004 de rendre ce jour travaillé pour des raisons économiques, et de déplacer la Fête de l’Unité allemande au premier dimanche d’octobre. Une idée qu’il avait déjà émise en 1995, cinq ans seulement après la Réunification allemande, et qui montre que le 3 octobre n’apparaît peut-être pas encore comme le symbole de ralliement national qu’il voudrait être. En 2004, quinze ans après la chute du Mur de Berlin, l’opinion publique mais surtout la classe politique réagit face à cette proposition, qui est alors remisée au placard. À l’époque, un sondage du Spiegel, influent hebdomadaire allemand, montrait que 67 % des Allemands étaient défavorables à la suppression de cette fête. Une majorité qui n’a cependant rien d’écrasante.

Ainsi, le 3 octobre allemand n’a rien à voir avec un 4 juillet aux Etats-Unis ou un 14 juillet français, prétexte à des démonstrations de liesse populaire, des bals de village aux concerts géants au pied de la Tour Eiffel. Le 3 octobre ressemble en Allemagne à n’importe quel dimanche, et les festivités sont organisées par l’État. Pourquoi rassemblent-elles moins de public que l’Oktoberfest de Munich ?

Oktobertfest, Munich, Allemagne photo de la Deutsche Press Agentur, via  http://www.germany.info/Vertretung/usa/en/04__W__t__G/03/03/04-OctFest/Oktoberfest__gallery.html

Oktobertfest, Munich, Allemagne, photo de la Deutsche Press Agentur, via http://www.germany.info/Vertretung/usa/en/04__W__t__G/03/03/04-OctFest/Oktoberfest__gallery.html

Outre le facteur bière, la réponse est peut-être à trouver dans le rapport parfois ambivalent que les Allemands entretiennent avec leur histoire récente. Alan Posener, célèbre journaliste germano-britannique, rapporte qu’au lendemain même de la Réunification en 1990, on pouvait entendre dans les rues l’inquiétude des habitants de Stuttgart, persuadés que de « nombreuses Trabants allaient boucher les autoroutes de toutes parts… »… Encore aujourd’hui, de nombreux Allemands de l’Est, les Ossies, se sentent les grands perdants de cette Réunification ; les jeunes, surtout, se languissent d’une RDA idéalisée et protectrice, qu’ils n’ont pas connue, et que beaucoup ne considèrent même pas une dictature brimant les droits de l’Homme. À l’Est comme à l’Ouest, certaines incompréhensions demeurent.

Trabants est-allemandes, Berlin, Allemagne, 2008  © Eurofluence

Trabants est-allemandes, Berlin, Allemagne, 2008 © Eurofluence

Par ailleurs, les Allemands ont connu cinq fêtes nationales différentes au vingtième siècle !

  • Sous l’Empire, le 18 janvier célèbre le couronnement du premier roi de Prusse en 1701, mais la parade militaire annuelle et l’anniversaire de l’Empereur sont surtout prétextes à de grandes mises en scène du pouvoir.
  • Après la Première Guerre mondiale, le 11 août devient le jour de la fête nationale pour la République de Weimar, puisque c’est le 11 août 1919 que le premier président du Reich appose sa signature au bas de la nouvelle constitution.
  • Cette célébration de la démocratie n’est pas du goût des Nationaux-Socialistes, qui dès 1933, élisent le 1er mai « Fête nationale du peuple allemand » coupant l’herbe sous le pied de la tradition syndicaliste d’alors.
  • Après guerre, l’Allemagne divisée fait des choix différents : la RDA choisit le 7 octobre comme fête nationale, jour de la fondation de la jeune république socialiste en 1949. À l’Ouest, en RFA, on choisit le 17 juin, qui marque le soulèvement populaire qui eut lieu en RDA en 1953 et qui fit plusieurs dizaines de morts. Pendant 40 ans, à l’Ouest, on commémore les morts de l’Est.
Insurrection populaire à Berlin-Est en 1953 © Archives fédérales allemandes

Insurrection populaire à Berlin-Est en 1953 © Archives fédérales allemandes

Ce long vingtième siècle, violent, a donc largement empêché la jeune nation allemande de cristalliser son esprit civique autour d’une date phare. Le 3 octobre n’est pas une date qui se serait historiquement imposée d’elle-même, comme d’autres en Europe ; elle a été politiquement choisie, pour sa neutralité. Et c’est certainement un obstacle à son succès : elle n’est pas un symbole, comme pouvait l’être le 9 novembre 1989. Elle est davantage une construction intellectuelle qu’un élan du cœur.

De surcroît, toutes les villes n’organisent pas de célébrations officielles. En effet, depuis 1990, ces dernières échoient à la ville dont le Land préside cette année le Bundesrat (le Conseil fédéral qui assure la représentation des 16 Länder allemands) – la présidence suit une rotation annuelle depuis 1950. Les grand-messes se concentrent donc cette année à Hanovre, puisque c’est la Basse-Saxe qui préside le Bundesrat en 2014. Plus récemment, des célébrations ont lieu simultanément à Berlin, notamment devant la Porte de Brandebourg et assurent une certaine visibilité à cette date du 3 octobre un peu effacée sur la scène européenne.

Porte de brandebourg, Berlin, Allemagne  © Eurofluence

Porte de Brandebourg, Berlin, Allemagne © Eurofluence

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